Ce document est le fruit du travail du Groupe Intersyndical de Réflexion et d’Action contre l’Autoritarisme et le Fichage (GIRAAF) qui se réunit en AG ouvertes (rassemblant des personnes adhérentes et sympathisantes de divers syndicats) le 1er mercredi de chaque mois à 10 heures dansles locaux de SUD-Education, 12 bis rue des Trembles à Grenoble (tram A : Arrêt La Bruyère).
BASE ELEVES (BE): REFUS TOTAL!
Ce que prétend l’administration
«Désormais, BE est sécurisée!»
On se souvient qu’en juin 2007 BE a dû être arrêtée le temps de changer les mots de passe des écoles (qui auparavant étaient les mêmes que les identifiants des écoles, accessibles à tous). Alors, aujourd’hui, tout roule?
Qui peut sérieusement garantir que la transmission par internet met BE à l’abri d’intrusions privées? Le piratage a vaincu des systèmes bien mieux protégés!
Qui peut sérieusement garantir que les maires n’auront pas accès, tôt ou tard, à l’ensemble des données de BE?
«Désormais, les champs qui posaient problème ont été supprimés!” (nationalité, date d’entrée sur le territoire …)
C’est le miel utilisé par le ministère pour tenter de stopper la contestation liée aux droits de l’homme. N’est-ce pas plutôt de la vaseline? Le logiciel n’ayant pas été remplacé, on a rendu ces champs invisibles mais ils demeurent sous-jacents dans la base: une simple manipulation peut les faire réapparaître, suite à une décision ministérielle.
Des données sensibles, certes facultatives, restent présentes: celles liées à la scolarité.
Il est très facile, une fois le système en place, d’élargir les champs: résultats aux évaluations, incidents scolaires, renseignements privés sur les familles …
«Désormais, place à la modernité!»
«Plus d’enquête 19, les directeurs seront soulagés et disposeront de nouveaux outils de gestion!» «La carte scolaire sera facilitée et plus juste!» Les écoles n’ont pas attendu BE pour utiliser des logiciels de gestion, là n’est pas la question.
Que pèsent le «soulagement» administratif et les quelques nouveaux outils de gestion dans le travail global de direction d’une année scolaire (d’autant plus qu’on trouvera toujours de nouvelles tâches administratives) ?
- En quoi cela profitera-t-il aux élèves?
- Que pèsent ces «carottes» (avec également des dotations informatiques dans certaines écoles par l’IA) face aux enjeux de société décrits ci-dessous?
Avec BE, la carte scolaire deviendrait presque exclusivement arithmétique, il n’y aurait plus de place pour des facteurs humains ou des spécificités locales. Il est vrai qu’avec le soutien scolaire Darcos, désormais sous forme d’heures sups pour les élèves en difficultés, au détriment de l’individualisation pendant la classe et du RASED, les effectifs des classes (qui seraient alourdis par les économies d’échelle liées à la création des EPEP) n’ont plus d’importance: place à la politique gestionnaire avec culture du résultat (LOLF).
Quel rapport de force en Isère ?
L’administration tente de forcer la main à des directeurs, envoyant les IEN au charbon, niant au passage l’existence des équipes. Elle méprise les résistances des collègues, des municipalités (dont Grenoble) et des parents d’élèves. Elle s’appuie sur les jeunes directeurs en formation. Cette stratégie dévoile à notre avis ses inquiétudes face au faible nombre de volontaires pour la seconde phase (sur trois) de la généralisation (2008-2009).
Mais l’administration tait son rôle dans la mise en place d’une dérive sécuritaire et liberticide. Elle compte s’appuyer sur l’obéissance des fonctionnaires mais ces derniers s’avèrent moins dociles que prévu. Elle nie les problèmes de conscience que posent BE aux enseignants, qui n’ont pas choisi ce métier pour exercer des missions de contrôle de la population.
D’après elle ces problèmes n’auraient plus lieu d’être avec le retrait –provisoire!- des champs liés à la nationalité. Nous pensons au contraire que la mise en place de BE est contraire aux principes de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, notamment en terme de liberté. Nous pouvons donc, en tant que fonctionnaires, exercer notre refus d’obéissance, cette déclaration se plaçant constitutionnellement au-dessus de toutes les lois.
La force de notre résistance s’appuie donc sur deux pôles indissociables: l’objection de conscience individuelle etla mobilisation collective.
Profitons de la dernière année scolaire avant la tentative d’imposition en force de BE à toutes les écoles et avant la probable répression pour construire ce rapport de force.
«Désormais, BE est obligatoire!» «On n’est plus dans la phase expérimentale!» «BE (organisation administrative de l’école) n’est pas de la compétence du Conseil d’école!» «La CNIL n’a pas à donner un avis préalable à une base de données administratives!» «Les parents ont accès aux informations contenues dans BE!»
L’administration s’appuie sur l’obéissance du fonctionnaire mais pas sur des textes, car BE ne sera obligatoire qu’à la rentrée 2009.
- L’inscription des élèves est bien de la compétence du Conseil d’Ecole (CE).
- C’est même une faute professionnelle de ne pas mettre BE à l’ODJ du Conseil d’Ecole !
Si BE n’a effectivement pas besoin de l’avis de la CNIL, comment un système aux conséquences aussi déterminantes peut-il se mettre en place
en l’absence totale de débat public?
Il appartient effectivement aux directeurs d’informer les parents de l’école des renseignements facultatifs saisis et les parents peuvent effectivement obtenir la communication de ces renseignements. Mais il est loin d’être évident que ces dispositions théoriques seront suivies d’effets. D’ailleurs, les familles les plus concernées par les renseignements relatifs à la scolarité sont celles pour qui l’accès à des documents administratifs pose le plus de difficultés (encore faut-il qu’elles soient au courant du fichage de leurs enfants).
Ce que cache l’administration
Le fichage nominatif centralisé, un progrès pour l’humanité?
«… C’est exactement la société que prévoyait Aldous Huxley dans son roman Le Meilleur des mondes, une humanité où chacun serait défini, catalogué, mis aux normes. Le concept même de personne autonome, capable d’exercer sa liberté, disparaîtrait.
Un des aspects les plus insupportables de ce projet, tel qu’il a été présenté par la presse, est l’établissement d’un document qui suivra le jeune au long de sa scolarité : inscrit dans un registre ou sur un disque d’ordinateur, ce document, avatar du casier judiciaire, permettra, au moindre incident, d’exhumer son passé.
S’il est pris à dix-sept ans à faire l’école buissonnière ou à taguer un mur du lycée, ce comportement pourra être rapproché de son instabilité caractérielle déjà notée au cours préparatoire. Cet enfermement dans un destin imposé par le regard des autres est intolérable, il est une atteinte à ce qu’il y a de plus précieux dans l’aventure humaine : la possibilité de devenir autre …»
Albert Jacquard.
«… Tout abandon d’une parcelle de liberté est définitif. La protection des données, c’est comme l’environnement et la biodiversité: ce qui est peu à peu grignoté n’est jamais reconstitué …»
Françoise Dumont, de la LDH.
« Quiconque est prêt à sacrifier sa liberté pour un peu de sécurité
provisoire ne mérite ni l’une ni l’autre.»
Benjamin Franklin.
Big Brother, la surveillance comme but ultime du pouvoir ?
- Le système BE est loin d’être isolé: il est prévu de l’harmoniser avec Sconet, son grand frère du secondaire, afin d’étendre à toute la scolarité le fichage nominatif.
- La vidéosurveillance et la biométrie se banalisent et investissent les lieux publics dont les établissements scolaires. Il s’agit de conditionner la jeunesse à un environnement policier, basé sur l’identification, la stigmatisation et l’exclusion.
- Les puces sous-cutanées, en cours de généralisation sur les animaux, nous guettent. Elles constituent une terrible menace en terme de soumission à un contrôle totalitaire. Plus de vie privée; lisibilité parfaite pour les entretiens d’embauche, pour la Sécu, pour les contrôles policiers …
- A l’origine, les tests ADN étaient réservés aux délinquants les plus dangereux, ils sont étendus désormais aux contrôles policiers ordinaires (lors d’une manifestation par exemple). Il n’y a aucune raison que BE échappe à cette logique sécuritaire.
Vous avez aimé BE? Vous adorerez Base Enseignants et Base Ecoles !
- Si vous n’êtes pas convaincus par nos réticences totales face à BE, peut-être serez-vous plus sensibles aux dangers de Base Enseignants et de Base Ecoles, en projet ? Car le fichage nominatif centralisé des enseignants se profile, peu susceptible de favoriser l’émancipation et l’originalité dans les pratiques professionnelles et dans les rapports avec la hiérarchie (ou avec les CA des EPEP, dirigés par des élus et susceptibles d’embaucher un jour les enseignants).
- L’assouplissement ou la fin de la carte scolaire pousseront, grâce à Base Ecoles et Base Enseignants, à l’affichage des résultats des écoles et des enseignants, renforçant la ghettoïsation des quartiers, la stigmatisation d’équipes ou de collègues, la pédagogie de la transmission pour faire du chiffre …
Un contexte humaniste rassurant ?
- Le contexte politique Sarkozy-Hortefeux-Bertrand-Mariani, les atteintes aux Droits de l’Homme, la liquidation des acquis et des codes sociaux, la privatisation des services publics (dont Universités et Education Nationale), ne peuvent bien sûr avoir aucun lien ni aucun effet avec la mise en place de BE.
- Pas plus que le rapport Bénisti, prônant le dépistage précoce des comportements déviants et définissant la langue maternelle non francophone comme facteur possible de délinquance.
- Pas davantage que le rapport de l’INSERM, préconisant le dépistage des troubles mentaux dès la crèche.
- Aucun rapport également avec la loi de prévention de la délinquance, qui transforme le maire en shérif, la prévention en répression, la confiance en défiance, autorisant le maire à se constituer ses propres fichiers, avec l’aide de la CAF, de l’IA et de nous-mêmes! Nous devons signaler au maire les cas d’absentéisme, ce que nous refusons de faire!
« L’actualité apporte plutôt des exemples d’enfermement dans la logique sécuritaire. Le plus inquiétant est donné par les recherches en vue de dépister le plus tôt possible les enfants « à risque », c’est-à-dire susceptibles de devenir des délinquants. Dès l’école maternelle, quelques experts seront chargés de cette détection qui permettra de surveiller avec une particulière attention les individus potentiellement dangereux, ou même de les soumettre préventivement à des traitements médicaux. Ainsi l’ordre sera préservé …»
Albert Jacquard.
Voir: http://baseeleves38.wordpress.com/2008/03/18/un-article-dalbert-jacquard-contre-base-eleves/
Acceptons-nous de devenir des agents d’une politique généralisée de délation, de contrôle et de soumission, aux antipodes de nos missions éducatives? NON!
Que faire ?
- REFUSER tout compromis: le retrait de certains champs, l’aspect facultatif de certaines données, les demandes de moratoire et de bilan de l’expérimentation, tout cela concourt à faire accepter l’inacceptable.
- INFORMER les collègues, les parents d’élèves, les élus, l’ensemble des citoyens. Oui, BE est toujours dangereuse; oui, il faut défendre ensemble nos libertés; oui, de tels enjeux méritent un débat démocratique.
- POURSUIVRE les motions en Conseil d’école; y débattre également du signalement aux maires des cas d’absentéisme, mesure extrêmement grave.
- DENONCER les formations à BE imposées aux directeurs sur le temps d’animation pédagogique.
- DENONCER la dérive des missions des animateurs TICE, dont un temps considérable est consacré à l’installation de BE, au détriment de leurs missions pédagogiques.
- EXIGER des traces écrites à l’administration, ne pas se contenter d’injonctions orales.
- REFUSER de répondre individuellement à l’administration pour justifier nos motivations, le faire collectivement, syndicalement et intersyndicalement.
- INFORMER les syndicats des problèmes rencontrés avec la hiérarchie. Notre intersyndicale contre le fichage et l’autoritarisme organise une veille intersyndicale pour soutenir, entre autres, tous les collègues menacés à cause de BE. Nous pourrons, s’il le faut, faire grève pour soutenir ces collègues.
- LES PARENTS D’ELEVES peuvent se déclarer par écrit opposés au fichage de leurs enfants et le faire savoir. Par défaut, ils peuvent avoir accès aux renseignements facultatifs si BE a été installée dans leurs écoles.
- LES EQUIPES PEDAGOGIQUES peuvent faire savoir à l’administration que l’école n’est pas volontaire pour BE: action intersyndicale SNUIPP-FO-PAS-SUD-CNT. Y compris quand l’administration a «forcé la main» à certaines écoles, il est encore temps de dire non! Y compris en anticipant par rapport à des sollicitations à venir …
- LES COLLÈGUES peuvent se déclarer objecteurs de conscience pour BE.
L’intersyndicale (ouverte) contre le fichage et l’autoritarisme prépare une campagne dans ce sens. Il s’agit d’unir adjoints et directeurs dans une même lutte. Il s’agit, comme le font de nombreux travailleurs sociaux contre la loi de prévention de la délinquance, de déclarer individuellement son refus de BE, pour des raisons de conscience.